ensad logo
ITR

Image
Temps
Réel

Dispositifs scénographiques basés
sur la relation entre image
et utilisation du temps réel
Ensadlab
Ecole Nationale supérieure
des arts décoratifs
 
 

projets

> corpus | motion
> corpus A
> artefacts
> holocene
> métonymies
> tessella

développements

> Etat de l'art
> Corpus
> artefacts prototype


équipe de
recherche

> itr
> biographie



à propos

> actualité
> contact
> liens


image &
espace de diffusion



Les artistes, en s'emparant du medium video, ont ouvert un dialogue entre image diffusée et dimension scénographique de l'espace d'exposition. Cette image, d'une nature nouvelle, modifie le rapport entre temps et espace.


 
L'image vidéo a introduit dés son apparition un bouleversement de l'espace lié à sa diffusion: Il est devenu possible pour un artiste de jouer non plus sur un temps représenté, celui de l'oeuvre, mais beaucoup plus directement sur le temps vécu par le spectateur. Ce basculement, qui s'oppose au mouvement du temps cinématographique de la fiction, dans lequel c'est le temps du spectateur qui laisse place au temps de la narration, repose sur la capacité de l'image électronique, puis numérique, à exister comme une forme de présent.

A la fin des années 60, le travail vidéo de Bruce Nauman repose sur le tournage de son propre corps, qu'il filme lors de performances réalisées seul au sein de son atelier. S'imposant des contraintes physiques, répétant inlassablement des chorégraphies minimalistes basées sur des gestes simples, il interroge de la manière la plus directe la réalité de son corps."Lorsque j'ai réalisé les performances, j'ai constaté que certaines des positions paraissaient comporter des liens émotionnels puissants, alors que d'autres étaient de simples modifications de postures qui ne signifiaient rien." Bruce Nauman utilise la performance filmée comme élément brut et signifiant au sein d'une dimension plus générale de l'oeuvre. Ses vidéos dénuées de toute narration introduisent une continuité temporelle héritée des longs plans séquence du travail filmique d'andy Warhol.

En 2001, Bruce Nauman conçoit pour une exposition au centre George Pompidou le projet "MAPPING THE STUDIO II with color shift, flip, flop & flip/flop (fat Chance John Cage)". Ce projet marque un tournant dans la carrière de l'artiste. Ce que nous voyons en multi-projection, le studio de l'artiste, est un espace à travers lequel il s'incarne mais dont il est physiquement absent. En renonçant à se mettre en scène, il établit une forme d'intériorité du corps qui entre en résonnance avec celui du spectateur physiquement présent dans l'espace d'exposition.

Le travail de gary Hill a lui aussi utilisé l'image de son propre corps. "Inasmuch as It Is Always Already Taking Place" (1990) est une installation basée sur 16 moniteurs vidéo de différentes tailles insérés dans un espace scénographique extrêmement restreint. Chaque moniteur reprend un détail du corps de l'artiste, dont la vie se matérialise essntiellement à travers sa respiration. Pour Gary Hill, le corps
"est effectivement l'élément central, certainement parce que c'est un matériau qu'on a sous la main et en tant que tel, d'un maniement encore plus simple que le son. (...) Je l'utilise vraiment comme un matériau, comme une tangente. (...) C'est là où le corps entre véritablement en jeu, comme un rappel, comme une toile de fond de la mort." (interview Libération, 3 février 2007).

"The messenger" (1996) de Bill Viola est une installation vidéo présentant un plan fixe sur un plongeur en apnée filmé depuis la surface. Ralentie à l'extrême lors de la diffusion, la vidéo s'étire dans le temps, faisant de chaque prise de respiration à la surface un évènement se traduisant au niveau son par une explosion sourde et brutale. Lorsque le plongeur s'éloigne vers les profondeurs, son corps se diffracte dans les jeux de réfraction de l'eau, introduisant une dimension abstraite et fragmlentaire à la composition de l'image. Ce basculement cyclique interroge sur la nature du corps, sur son immanence et sa capacité à dépasser sa propre représentation. L'installation de 2007 dans le jardin du musée Rodin à Paris a permis de présenter l'oeuvre sur un écran de grande dimension et situé au bord d'un bassin circulaire. Cette scénographie, bien que simple, associée au ralentissement du temps de la vidéo, introduisait de manière extrêmenent forte l'idée d'une temporalité propre de l'oeuvre, qui de ce fait devenait le temps présent vécu par le public.

EN 1996, "Modell 5" de Granular Synthesis présente sur quatre écrans verticaux de projection la vidéo d'une performance de la japonaise Akemi Takeya. La performance, qui se compose d'un extrait court chargé directement dans la mémoire des ordinateurs, est retravaillée en temps réel sur les quatre écrans. Un logiciel connecté au dispositif, VARP 9, permet de jouer lors de la diffusion publique sur une synthèse granulaire appliquée non seulement à l'audio, mais aussi à la vidéo. Il s'agit d'un des premiers exemples de réutilisation de concepts et de développements propre au travail acoustique vers le domaine du traitement des images.

En 2003, Thierry Kuntzel propose dans son installation "The waves" un hommage au livre homonyme de l'écrivain Wirginia Woolf. Le projet se présente sous la forme d'un couloir, avec au fond un plan de front de mer cadré sans la plage. Pour l'auteur,"
Ce qui advient à l’image et au son entretient dans l’installation, un troublant rapport au spectateur : s’il ne détermine pas cette image et ce son, préalablement enregistrés, il est celui qui en règle, dérègle la vitesse, par sa position dans l’espace. Les vagues ralentissent au fur et à mesure de la progression vers l’écran, jusqu’à l’immobilisation en une photographie privée de son. Pas de fusion littérale avec les vagues mais lien, connivence avec elles : renouveau du sentiment océanique (illumination de la mélancolie). Dispositif, perception, retour du presque même, sac, ressac, temps impossible ".


Bien que différents dans l'approche, ces travaux proposent une utilisation commune de la notion de performance et du tournage, traités comme un matériau brut à utiliser dans le cadre du dispositif de diffusion. Il ne s'agit pas simplement d'un témoignage sur un évènement passé, pas non plus un élément destiné à se fondre dans un projet scénaristique, mais bien d'un élément plastique constitutif de la démarche artistique.

Ce que nous voyons ainsi apparaitre est une forme artistique transversale, prenant comme support matériel des moyens technologiques en rapport avec leur époque: video, électronique, numérique. Il ressort aussi de cet ensemble d'oeuvres l'idée d'un travail a posteriori, qui conserve l'aspect brut de la performance initiale tout en en proposant un traitement au présent.